L'après Japon




Je suis rentrée !! Je vous prépare bien sur, tout un tas d'articles, et probablement aussi une ou quelques vidéos sur mon voyage. Mais là, j'avais envie de parler de maintenant.

Pour info, les photos de cet article datent de 2012 ^^




Je crois que ce voyage au Japon m'a davantage remuée que je ne l'aurais imaginé ^^' 

J'ai hésité à écrire cet article. D'abord parce que je ne savais pas vraiment par où commencer. Ensuite parce que je ne suis pas certaine d'avoir encore les réponses à toutes les questions qui me traversent et en vrai, peut-être que je ne les aurai jamais.

Cela fait seulement quelques jours que je suis rentrée, et pourtant j'ai l'impression d'être encore dans le cake.

Je me sens vraiment vide. Fatiguée.

Comme si ces deux semaines avaient demandé à mon cerveau et à mon corps beaucoup plus que ce que j'avais anticipé.

J'ai aimé ce voyage, vraiment ! Je ne regrette absolument pas de l'avoir fait, et j'étais très heureuse de le partager avec mon Coco dingo. Mais je crois que le retour est plus difficile que je ne l'aurais imaginé.





Le Japon a toujours occupé une place très particulière dans ma vie.

J'y suis allée six fois auparavant. Pendant des années, c'était bien plus qu'une destination. C'était une passion dévorante. Je vivais Japon, je respirais Japon ! J'adorais la mode japonaise, les quartiers de Tokyo, chaque boutique alternative, la culture, les événements. Tout me semblait extraordinaire et très précieux.





En y retournant aujourd'hui, j'ai retrouvé beaucoup de ces lieux. Mais j'y ai aussi retrouvé une ancienne version de moi-même. Une version que j'avais presque oubliée =O

Je me suis surprise à repenser à la personne que j'étais il y a une dizaine d'années. Aux choix que j'ai faits. À ceux que je n'ai pas faits. Aux opportunités que j'avais sans forcément mesurer la chance qu'elles représentaient à l'époque. Ce séjour a mis aussi la lumière sur des privilèges énormes dont je n'avais pas vraiment conscience à ce moment là.

Le voyage a réveillé énormément de souvenirs que je croyais rangés quelque part. Peut-être que j'en parlerai un jour.

Mais ce n'est finalement pas ce dont j'ai envie de parler là maintenant... Ce qui m'a bouleversée, c'est de réaliser à quel point je ne suis plus capable d'encaisser certaines choses.





Il y a neuf ans, j'étais capable de passer des journées entières dans Tokyo. 

Les rues bondées, le bruit permanent, les jingles incessants des magasins, les annonces dans les gares, les écrans lumineux partout, les climatisations glaciales suivies de la chaleur étouffante de l'extérieur, les trains remplis, les longues files d'attente, les journées à plus de vingt mille pas.

Je supportais tout cela, et même avec le sourire haha.





Cette fois, j'ai senti mes limites chaque jour, et je sais que je les ai dépassées chaque jour.

Je le savais déjà pendant le voyage. Chaque matin, je repartais malgré la fatigue accumulée (en plus on dormait mal la plupart du temps x). Parce qu'il y avait encore des choses à voir, des endroits à découvrir, des souvenirs à retrouver.

Mais chaque soir, je me sentais moins courageuse de repartir en vadrouille le lendemain.






Aujourd'hui, plusieurs jours après être rentrée, je sais que mon corps continue encore de payer la facture.

Depuis quelque temps, je suis en cours de diagnostic pour un trouble du spectre de l'autisme. Bon, le diagnostic n'est pas 100% terminé, puisqu'il reste encore l'évaluation des éventuelles comorbidités. Pourtant cette étape a déjà changé énormément de choses dans ma manière de me comprendre.

Avant, je prenais sur moi. Je me forçais et je pensais que tout le monde faisait pareil. Je croyais simplement être plus sensible ou moins résistante, et clairement moins courageuse que les autres.

Aujourd'hui, je comprends beaucoup mieux ce qui me coûte réellement. Je comprends que certains environnements me demandent une quantité d'énergie immense.

Et une fois que l'on met des mots sur quelque chose, il devient difficile de faire comme si cela n'existait pas. Parfois je me demande si j'étais réellement plus résistante ou si en fait, j'étais juste meilleure pour ignorer mes propres limites.







Aujourd'hui, je sais que certains environnements représentent un coût énorme pour moi. Je sais que ce n'est pas seulement une question de fatigue physique, que mon cerveau traite une quantité immense d'informations en permanence et que cela finit par épuiser mes ressources.

Dans le passé, je pouvais dépasser mes limites sans réellement les voir. Aujourd'hui, je les vois arriver. Je sais ce qui est en train de se passer et je sais aussi quelles en seront probablement les conséquences. (Pour ceux qui ne savent pas, il y en a plein, mais souvent me concernant, c'est passer des jours/semaines à ne plus savoir rien faire correctement, à comater dans mon lit en me posant énormément de questions sur le but de la vie, ressasser le passé, se demander pourquoi rester en vie et se forcer à supporter la vie ^^" Bref, que des choses joyeuses... mais je sais que c'est juste mon cerveau épuisé, et qu'une partie de moi, celle qui sera à nouveau en forme dans le futur, aime la vie)

Alors continuer à me forcer ne ressemble plus à un effort "normal". Cela ressemble davantage à un choix conscient dont je connais déjà le prix.

Est-ce que cela signifie que je suis devenue moins résistante ? Ou simplement que j'ai enfin arrêté de considérer ma souffrance comme quelque chose de normal ?






Est-ce que !a peut aussi être tout simplement l'âge ?

À presque quarante ans, récupère-t-on de la même façon qu'à vingt-cinq ? Probablement pas haha x,) 

Est-ce que mon fonctionnement autistique prend plus de place qu'avant ? Ou est-ce que j'en prends simplement davantage conscience ?  La vérité se situe surement quelque part entre les deux.






Il y a aussi autre chose qui joue sur ma capacité à supporter et surmonter des difficultés :

Autrefois, le Japon était mon intérêt principal. Tout ce que je vivais là-bas avait une saveur particulière.

J'étais capable d'attendre des heures pour une jolie vue, de rester debout dans une position inconfortable, de traverser une ville entière pour voir une exposition ou une boutique, je voulais savourer chaque seconde.

Parce que j'étais portée par une passion immense. Cette passion faisait disparaître le reste. Ou du moins, elle le rendait supportable.

Aujourd'hui, j'aime toujours le Japon, oh oui ! Mais il ne représente plus cette obsession heureuse qu'il était autrefois. Ce n'est plus le centre de mon univers ^^"



Et je me demande si cela change profondément la manière dont mon cerveau vit toutes ces stimulations.

Quand une passion nous absorbe complètement, elle peut parfois faire passer le reste au second plan. Quand cette passion s'apaise, le bruit redevient du bruit, et la foule redevient une foule et la chaleur redevient de la chaleur ^^"

Et tout ce qui était autrefois noyé sous l'émerveillement reprend soudain beaucoup de place. Je ne dis pas que c'était mieux avant ou que c'est pire aujourd'hui (même si, j'en parlerais aussi, il y a beaucoup plus de touristes aujourd'hui au Japon, et ça change aussi la donne). C'est simplement différent.





Je découvre une nouvelle version de moi-même. Une version qui connaît davantage ses limites du coup ^^" Et qui ne peut plus les ignorer aussi facilement.

Une version qui sait désormais qu'à chaque fois qu'elle les dépasse, la récupération prendra des jours, peut être même des semaines/mois.

Peut-être que cet article est simplement une façon de faire le deuil d'une ancienne moi (j'y travaille , mais je pense que le chemin sera long). Peut-être qu'il est le début d'une autre manière de voyager ^^"

Une manière moins ambitieuse et moins guidée par l'idée de rentabiliser chaque journée.

Parce qu'au fond, je me rends compte que voyager ce n'est pas seulement voir le plus de choses possible... c'est aussi rentrer avec encore assez d'énergie pour avoir envie de repartir un jour !



2 commentaires:

  1. Je pense qu’il y a beaucoup plus de critères a prendre en compte! Etant moi meme venue en 2012, aujourd’hui y vivant depuis 7 ans, j’ai ressenti tellement de choses différentes en allant a Harajuku, et pourtant les choses ont pas tellement changées, mais mes sentiments ont été complètement différentes. J’avais arreté la J-fashion pour me concentrer sur la culture et les relations humaines, pensant ne pas y retourner. J’allais a Harajuku pour accompagner des amies touristes et j’ai ressenti ce que tu décris: fatigue, trop de monde, attentes insurmontable, trop de bruits etc… en plus vivant pas a Tokyo meme c’est 1h voire 1h30 de trajet a chaque fois. Je pensais vieillir aussi. Je savais pas trop quoi aimer. Je me sentais vide. J’ai fais une dépression. Aujourd’hui je ressens les choses différemment, j’ai repris confiance en moi, je me suis refait des amis dans la J-fashion et de sortir avec eux surmonte toute la fatigue. A la fin de la journée la fatigue devient un « otsukare sama » une sensation positive et qu’on sait qu’on va bien dormir. Je pense que ton dernier voyage n’etait pas partagé avec des gens qui ont la passion pour la J-fashion, mais du coup peut etre d’autres interets ? Quand je voyage avec mon mari, la fashion ne m’interesse pas, je veux vivre le voyage, me mettre a l’aise. Je ne vivrais pas les voyages de la meme maniere si c’etait avec d’autres gens. Peut etre que la passion a plusieurs intensifie car on se sent dans un groupe, on vit dans un monde, on se sent exister et que tout ca crée une force qui permet de surmonter des choses incroyable. Je pourrais aussi faire reference a mes differents jobs, restant dans la meme franchise, avec des gens different le travail n’a rien a voir. Quand t’es dans un monde ou les gens t’apprécie, s’inquiete de toi, partage les meme centre d’interet, que tu te sens existée wow ce que tu peux surmonter… je travaillais 40h/semaine et je ne ressentait pas la fatigue! Dans d’autres endroit meme 16h par semaines etaient un calvaire, voire insurmontable. Je pense que le mental change les capacités. La passion donne des ailes. Meme si c’est pour toi une periode terminée, peut etre qu’aujourd’hui tu a envie de trouver une passion aussi prenante qu’a l’epoque ? Ayant a peu pres ton age, je pense pas que ca soit l’age ;) j’ai aussi realisé de mon coté que mon quotidien manquait de piment et la je fais en sorte de reressentir des choses ! Desolé du pavé

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    1. COucou ! Merci pour ton commentaire ! C'est fou car ce que tu décris, j'ai cru le ressentir un peu rien qu'en voyant tes posts/stories durant tout ce temps. Et je ressens que ces derniers temps, tu as retrouvé gout à la Jfashion et que tu reprends du plaisir à ressortir entre amis. C'est vraiment trop bien ! Je suis heureuse pour toi. Et ça me soulage de voir que tu es passée par la même phase (ou presque) que moi, et que je pourrais peut être à nouveau retomber dedans et me repassionner. J'avoue que je n'ai quasi pllus aucun ami dans la jfashion, alors ça n'aide pas haha.
      Et je pense que tu as 100% raison quant au fait que la personne avec qui on voyage change le mood du voyage. J'avoue que j'aurais probablement plus apprécié certains moments accompagnée de personnes qui partagent mon amour pour la Jfashion ! Tout comme mon copain aurait surement mieux apprécié certains moments du voyage avec ses amis passionnés de jeux videos aussi ^^ Je pense totalement que la passion s'intensifie en groupe, et je crois que ça me manque. Pour le travail aussi je comprends, faire un job que je n'aime pas mais avec une super équipe, c'est toujours mieux que faire un job que j'aime mais mal entourée ! La passion me donne également des ailes, mais ces dernières années (je dirais depuis 4 ans environ) je n'ai plus de passion dévorante. J'essaie des choses, mais rien ne m'habite et ne m'obsède comme la jfashion m'a obsédée, et comme le tattoo m'a obsédée ensuite. Je rêve de retrouver une passion, car la passion est le seul vrai moteur de ma vie ^^" As tu déjà connu des périodes sans passion? Est ce que tu sais comment c'est revenu? Merci pour le pavé au contraire, ça me fait du bien d'en parler avec quelqu'un capable de comprendre ! bisous

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