Les premières photos d'un shooting réalisé à Kyoto !
J'ai ADORE cette expérience ! Du début à la fin, c'était un sans faute de la part du Studio Kokoro. Je détaillerai tout ça dans un prochain article avec toutes les infos, ou dans une vidéo youtube, je verrais ce qui m'inspire en premier haha. Mais je posterai ici bien sur.
J'ai été apprêtée en oiran !
On les confond souvent avec les geisha, alors que leur statut, leur rôle et leur apparence étaient assez différents.
(J'avoue que j'ai un peu honte, je n'avais jamais trop fait attention à la distinction... )
Les oiran étaient des courtisanes de très haut rang, qui ont existé principalement pendant l'époque d'Edo (1603–1868).
Elles travaillaient dans les quartiers de plaisirs, des quartiers officiellement autorisés et réglementés par le gouvernement.
Mais une oiran n'était pas simplement une prostituée prestigieuse.
Une courtisane de haut rang était censée posséder une éducation et des compétences artistiques et sociales considérables : poésie, musique, danse, calligraphie, conversation, connaissance des codes sociaux, etc. Son prestige reposait énormément sur son raffinement et son élégance.
Sans parler forcément du décolleté haha, on peut reconnaître le côté oiran grâce à certains détails de ma tenue :
plusieurs kimono superposés (souvent extrêmement luxueux),
des tissus somptueux avec des motifs très élaborés,
un obi porté à l'avant (contrairement à la façon habituelle de le porter à l'arrière),
une multitude de kanzashi et ornements dans les cheveux,
une coiffure extrêmement volumineuse et complexe (j'avais loué cette partie, car j'ai clairement pas assez de cheveux haha),
des chaussures koma-geta très hautes !
Et il y avait une hiérarchie à l'intérieur même des courtisanes. Oiran désigne notamment les courtisanes de rang élevé ; le terme tayu pouvait désigner un rang encore plus prestigieux, particulièrement à Kyoto.
Un homme ne pouvait pas simplement arriver dans un quartier réputé pour ses oiran et dire : "Je voudrais une oiran."
Pour les courtisanes les plus prestigieuses, il fallait souvent être présenté, avoir de l'argent et surtout être accepté.
Certaines relations commençaient par plusieurs rencontres où la courtisane et le client se fréquentaient dans un cadre très cérémoniel avant que la relation devienne plus intime.
Et cela participait justement à leur construction comme célébrités.
Une oiran célèbre pouvait avoir des clients extrêmement riches et influents qui dépensaient des sommes considérables pour la fréquenter.
Mais (et j'ai envie de dire : comme toujours ou presque avec les TDS) derrière le glamour, leur vie était très dure.
La plupart des femmes entraient dans ce système dans des circonstances économiques difficiles. Beaucoup étaient vendues ou engagées par leur famille, parfois lorsqu'elles étaient très jeunes, et étaient ensuite liées par des dettes à leur maison.
Une femme pouvait donc avoir énormément de prestige à l'intérieur du quartier tout en ayant très peu de liberté réelle.
Et devenir une courtisane de très haut rang n'était absolument pas garanti.
Il existait donc un contraste assez violent entre : l'image publique qui représentait luxe, beauté, culture, et célébrité... Et la réalité qui signifiait plutôt dette, contrôle, contrats, hiérarchie et absence de liberté.
Les oiran étaient de véritables trendsetters de l'époque Edo !
Leur coiffure, leurs kimono, leurs motifs, leurs accessoires et même certaines façons de se maquiller pouvaient être copiés par les femmes de la société.
Les quartiers de plaisirs étaient donc aussi des lieux de mode, de spectacle et de culture populaire. Une oiran célèbre pouvait devenir suffisamment connue pour que son nom, son apparence et ses vêtements soient représentés dans des ukiyo-e, les estampes japonaises que j'aime tant !
Lorsqu'une oiran de haut rang traversait le quartier, elle pouvait être accompagnée de plusieurs personnes : apprenties, serviteurs, assistants, etc.
Elle avançait très lentement avec une démarche extrêmement particulière, littéralement une démarche formant un "8" avec les pieds. J'avais déjà vu ça dans un film, mais je ne me souviens plus du nom. Désormais j'ai vraiment envie de voir plus de films ou reportages sur les oiran.
Est ce qu'une oiran était prisonnière à vie? Pas toujours, et heureusement !
La possibilité la plus connue : le miuke. Ce terme désigne, en gros, le fait qu'un homme rachète le contrat d'une courtisane afin qu'elle puisse quitter le quartier. Un client riche pouvait s'attacher à une oiran et décider de payer les sommes nécessaires pour la libérer de sa maison.
Cela pouvait être présenté comme une grande histoire d'amour : "Un homme suffisamment riche l'aime et paie pour qu'elle devienne sa femme ou sa compagne."
Mais la réalité était plus compliquée. Le montant pouvait être énooorme, car il ne s'agissait pas simplement de rembourser une petite dette. Il fallait notamment tenir compte de ce que la maison avait investi dans son entretien, sa formation, ses vêtements, etc.
Mais évidement être "rachetée" ne signifiait pas forcément être libre T_T
Imaginons une oiran extrêmement célèbre. Un riche marchand tombe amoureux d'elle et souhaite la sortir de là.
Il doit négocier avec sa maison. Si l'accord est conclu et que la somme est payée, elle peut partir.
Mais elle peut alors se retrouver dans une situation où elle dépend entièrement de cet homme.
Si elle devient son épouse ou sa concubine, sa vie change radicalement, mais elle n'acquiert pas nécessairement une indépendance financière.
Bref, une vie de tradwife qui n'est pas du tout l'équivalent de la liberté selon moi.
Il existait aussi la possibilité de tomber amoureuse… sans pouvoir partir =(
C'est un thème très présent dans la littérature et le théâtre japonais. Une courtisane et son client tombent amoureux, mais : elle a un contrat... l'homme n'a pas suffisamment d'argent pour la "libérer" : leur amour est impossible.
Cela a donné naissance à énormément d'histoires de double suicide, dans lesquelles deux amoureux décident de mourir ensemble lorsqu'ils pensent pas pouvoir être réunis autrement.
Le théâtre de Bunraku et le kabuki ont énormément exploité ce genre de récit.
Toutes les courtisanes ne terminaient pas leur vie dans le quartier. Certaines pouvaient terminer leur période de service et partir !
Mais là encore, cela dépendait de leur contrat, de leurs dettes et de leur situation particulière. Et certaines femmes pouvaient ensuite devenir : épouse, domestique, commerçante, propriétaire d'une petite entreprise ou retourner auprès de leur famille. Certaines pouvaient même devenir elles-mêmes tenancières d'une maison de courtisanes.
Une ancienne courtisane pouvait avoir acquis énormément de compétences : lire et écrire, jouer d'un instrument, chanter, danser, pratiquer la calligraphie, connaître la poésie, savoir recevoir des invités, maîtriser les codes sociaux, gérer des affaires.
Une femme ayant atteint le rang d'oiran avait donc parfois un capital culturel et social considérable. Et elle pouvait utiliser ces compétences après avoir quitté le quartier !
Une femme pouvait accumuler des dettes, tomber malade, perdre sa beauté ou sa capacité à attirer des clients et être rétrogradée dans la hiérarchie.
Et lorsqu'elle vieillissait, ses possibilités diminuaient. Certaines finissaient donc leur vie dans le système sans avoir réussi à réunir les conditions nécessaires pour partir.
Malheureusement les oiran n'étaient pas uniquement des femmes puissantes et indépendantes. Certaines avaient énormément de pouvoir symbolique et social, mais très peu de contrôle sur leur propre vie, en fait.
Certaines femmes tentaient de s'enfuir. Mais ce n'était évidemment pas une solution facile !
Le quartier était un environnement très contrôlé, une fugue pouvait donc avoir de graves conséquences. C'est aussi pourquoi certaines histoires populaires racontent des clients qui tentaient de faire évader leur courtisane bien-aimée. Mais dans la réalité, c'était beaucoup plus dangereux que dans les histoires romantiques.
Et c'est probablement ce mélange de glamour, célébrité, art, sexualité, argent et enfermement qui rend l'histoire des oiran aussi fascinante.
Et toi, tu connaissais ?


















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