"Je ne suis pas féministe… mais"
Beaucoup de personnes commencent leurs phrases par : "Je ne suis pas féministe, mais je crois à l’égalité entre les femmes et les hommes."
Et cette phrase mérite qu’on s’y arrête (elle me fait personnellement bondir, je vous explique pourquoi).
Car croire à l’égalité des droits, des chances, du respect et de la dignité entre les genres, c’est précisément ce que défend le féminisme.
Pas une version caricaturale, pas une version dite "extrême", mais sa définition la plus simple et la plus fondamentale. Alors pourquoi ce refus du mot ?
Souvent, ce rejet ne vient pas d’un désaccord avec l’idée d’égalité, mais avec l’image que l’on a du féminisme.
Une image façonnée par : des médias qui mettent en avant des positions radicales, des discours qui opposent au lieu de dialoguer, des caricatures de femmes en colère, qui semblent haineuses ou excessives, et l’idée que le féminisme serait “contre les hommes”.
(Petit aparté pour dire que perso, je comprends que des femmes soient hors d'elles, haineuses, ou misandres, je ne les trouve pas excessives. Ce que je trouve excessif, c'est à quel point on a rien dit durant des siècles, mais j'ai peur de vous perdre là, continuez de lire svp)
Résultat : certaines personnes se disent "Je veux l’égalité, mais je ne veux pas être associée à ça."
Ce n’est pas un rejet de la justice, c’est un rejet d’une étiquette devenue inconfortable. C'est un rejet du terme, pas des valeurs.
Nous avons toutes et tous grandi dans une société patriarcale (je parie que tu n'aimes pas ce mot, là aussi), qui nous a appris, parfois subtilement :
que revendiquer, c’est exagérer,
que se dire féministe, c’est être conflictuelle,
que vouloir plus d’égalité, c’est “se plaindre”,
que le statu quo est plus poli que la remise en question.
On nous a appris à être raisonnables, discrètes, conciliantes.
À ne pas “faire de vagues”.
Alors, même quand on vit des injustices, on hésite à leur donner un nom. Et encore plus à se rattacher à un mouvement qui dérange l’ordre établi.
Dire "je ne suis pas féministe", c’est souvent dire : je ne veux pas être cataloguée, je ne veux pas être rejetée, je ne veux pas qu’on pense que je déteste les hommes, je veux être entendue sans être attaquée.
C’est une phrase de protection. Pas une preuve d’opposition, en tout cas, c'est ce que je crois ^^"
Dire "je ne suis pas féministe" tout en affirmant croire à l’égalité n’est pas un simple choix sémantique.
C’est un acte politique, qu’on le veuille ou non ^^"
Le féminisme n’est pas une opinion parmi d’autres.
C’est un mot qui désigne une lutte historique, concrète, incarnée, parfois violente mais parce que la violence était déjà là.
C’est le mot qui a permis le droit de vote, le droit au travail, le droit de disposer de son corps, le droit de refuser, le droit de nommer les violences. Que serait-on aujourd'hui sans lui ?
Refuser ce mot, ce n’est pas seulement refuser une étiquette. C’est refuser de reconnaître la lutte qui a rendu l’égalité pensable !
On ne peut pas avoir le luxe de dire : "J’aime les valeurs, mais pas le mot."
Parce que les mots sont des outils politiques.
Quand un mot est sali, caricaturé, diabolisé, ce n’est jamais par hasard.
C’est une stratégie ancienne : décrédibiliser le terme pour affaiblir la cause.
Refuser de se dire féministe parce que “le mot fait peur”, c’est valider cette stratégie.
C’est accepter que le féminisme soit réduit à une caricature. C’est laisser ceux qui le détestent définir ce qu’il signifie.
Le système patriarcal n’a pas besoin que tout le monde soit ouvertement contre le féminisme.
Il lui suffit que suffisamment de personnes disent : "Oui à l’égalité, mais pas sous ce nom-là."
Parce que cela fragmente la lutte, affaiblit la solidarité, isole les femmes qui subissent, et donne l’illusion que le problème est “déjà réglé”.
Ne pas vouloir employer le mot féminisme, ce n’est pas sortir du système.
C’est y rester confortablement, sans prendre le risque d’être associée à une lutte dérangeante.
Dire "je ne suis pas féministe", c’est se désolidariser !
Même involontairement, cette phrase dit : je ne veux pas être associée à celles qui dérangent, je veux les droits sans le combat, je veux l’égalité sans le conflit.
Mais l’égalité n’a jamais été obtenue sans conflit. Jamais.
Refuser le mot, c’est se placer à distance de celles qui prennent des coups - symboliques ou réels - pour qu’il continue d’exister. Est ce que c'est juste, ça ?
Pas le nier.
Critiquer certains courants ? Oui.
Ne pas se reconnaître dans toutes les formes de militantisme ? Évidemment.
Avoir des débats internes ? Nécessaire.
Mais refuser le mot dans son ensemble, c’est autre chose.
C’est affaiblir la cause elle-même.
Aucune lutte n’avance quand celles qui en bénéficient refusent d’en porter le nom.
Et refuser de l’utiliser, ce n’est pas le nettoyer.
C’est confirmer qu’il peut être sali sans être défendu.
Se dire féministe aujourd’hui, ce n’est pas être parfaite.
C’est dire : je reconnais d’où viennent mes droits je reconnais que le problème existe encore je refuse de laisser ce mot être confisqué ou déformé !
Même si on ne le pense pas.
Dans un système inégalitaire, la neutralité n’existe pas.
Le silence, le confort, la distance → tout cela profite au dominant.
Alors non : refuser le mot féminisme n’est pas anodin.
Ce n’est pas “juste une préférence”.
C’est contribuer, même passivement, à maintenir un système qui préfère les femmes reconnaissantes aux femmes conscientes.
On peut reprendre le mot, sans honte !
Peut-être qu’un jour, le mot féminisme cessera de faire peur.
Peut-être quand on aura compris qu’il ne demande pas d’être parfaite, radicale ou irréprochable.
Qu’il ne demande pas de haïr, mais de questionner.
Pas d’exclure, mais de rééquilibrer. (Ou équilibrer tout court, plutôt)
En attendant, si tu crois à l’égalité, si tu refuses les violences, si tu veux les mêmes droits et la même liberté pour toutes et tous, alors, même si tu hésites à le dire, tu marches déjà sur un chemin féministe.
Bisous uniquement aux féministes (même ceux et celles qui ne l'assument pas) !
















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